Compte-rendu de la séance du séminaire de l’axe C du 17 janvier 2025.
Intervenante : Héloïse Aumaître. Répondant : Dan Dana.
Par Bilel Zariouh (M2 Mondes Anciens, Université Jean Moulin Lyon 3).
H. Aumaître est une archéologue et numismate française spécialiste du royaume lagide et de son monnayage en Méditerranée orientale. En 2022, elle soutient sa thèse de doctorat à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, intitulée La Syrie et Phénicie lagide au IIIe siècle : étude historique et monétaire, sous la direction de Frédérique Duyrat. Ce travail explore l’intégration de ces régions dans le royaume lagide à travers l’analyse des monnaies. Elle est actuellement chercheuse postdoctorale au Centre d’Études Alexandrines (CEAlex), une unité de recherche de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) et du CNRS. Ses recherches se concentrent sur la numismatique grecque, en particulier les frappes monétaires ptolémaïques en dehors de l’Égypte, notamment au Levant.
L’objectif de la séance, suivie d’un moment de débat, était de discuter de la présence des Lagides au Levant par le prisme de la numismatique (les monnaies lagides du Levant ont une certaine importance numéraire : Le Rider, De Callataÿ 2006, p. 61-62). Il s’agit aussi pour la chercheuse de faire le point sur une partie de sa thèse, en vue de sa publication.
L’installation du pouvoir lagide au Levant : un bref point de contextualisation

À l’arrivée des Ptolémées, le Levant n’est pas vierge de tradition monétaire : des ateliers sont présents, notamment à Gaza et Byblos. Les productions de la région sont particulièrement hétérogènes. Sous Alexandre, on voit les ateliers de Sidon, Tyr, Arados et Damas frapper des alexandres sans pour autant que les monnaies antérieures cessent d’être frappées – et ce jusqu’aux environs de 320. H. Aumaître souligne la capacité d’adaptation monétaire du Levant sud.
Durant les guerres des Diadoques, il semble que Ptolémée contrôla certaines zones, dès 319, dont les cités de la bande côtière de la région. La monnaie ne permet pas d’éclaircir cette zone d’incertitude. En 312, sa victoire aux environs de Gaza lui donne une mainmise, de courte durée, sur le Levant sud. Tyr connaît un pic de production à cette période. Des tétradrachmes ptolémaïques y sont frappées, ce qui peut attester d’une autorité ptolémaïque sur la région. Vers 294, autour du moment de la prise de Sidon, le fondateur de la dynastie devient maître du Levant. L’acteur séleucide vient compliquer les volontés de domination lagide au Levant et les Guerres de Syrie, appellation que la chercheuse préfère ne pas utiliser en raison de son aspect essentialisant (ces guerres vont au-delà de la région susnommée), viennent mettre à mal la présence des Ptolémées.

Quel système monétaire ?
H. Aumaître montre que l’économie monétaire du Levant est fermée, comme dans le reste du royaume : « Les frontières politiques sont alors des frontières monétaires étanches ». Les monnaies de fouilles montrent que c’est le cas dès le début du IIIe siècle. Sur environ quarante ans, les réseaux monétaires font preuve d’adaptabilité, jusqu’à arriver à une monnaie unique avec obligation de change. Aucune autre monnaie ne circule dans le royaume lagide. Pour appuyer l’étanchéité du système monétaire des Ptolémées, la chercheuse indique que certaines productions alexandrines ne circulent qu’en Égypte seulement.
Monnaie du royaume et frappes syro-phéniciennes
Sous domination lagide, les productions syro-phéniciennes sont typiques du monnayage visible dans le reste du royaume et provenant notamment d’Alexandrie. La chercheuse définit les ateliers de Sidon et Tyr comme des extensions de ceux de la capitale. Cependant, les premières productions de Tyr et Sidon ne sont pas datées de manière sûre, ce qui ne permet pas de discuter avec précision de la nouvelle domination dans ses premiers instants. On y relève tout de même une augmentation des frappes dans le contexte de la Première guerre de Syrie. On ne sait pas grand-chose des mouvements lagides au Levant dans le contexte de la Seconde guerre de Syrie. Les productions réduites de Ptolémaïs, Joppé et Gaza de 260/259 av. J.-C., montrent qu’il est peu vraisemblable que le roi séleucide Antiochos II ait investi toute la région.

H. Aumaître montre qu’un pic s’explique assez généralement du fait d’une période de besoin pour le royaume, en cas de guerre assez généralement. Inversement, les productions peuvent être réduites, comme autour de 261. À cette période, la production de monnaie locale destinée à une administration locale et à une utilisation restreinte s’arrête. Pour la chercheuse, l’une des raisons est peut-être à chercher dans H. Aumaître montre qu’un pic s’explique assez généralement du fait d’une période de besoin pour le royaume, en cas de guerre assez généralement. Inversement, les productions peuvent être réduites, comme autour de 261. À cette période, la production de monnaie locale destinée à une administration locale et à une utilisation restreinte s’arrête. Pour la chercheuse, l’une des raisons est peut-être à chercher dans la mise en place de l’ordonnance royale pour le recensement des indigènes asservis qui intervenait dans ces mêmes instants.
Une période de ralentissement est à nouveau visible deux décennies plus tard. Après le pic de 241, lié à la conquête des cités de la côte levantine, vient ce que la chercheuse appelle le « temps du silence ». Les ateliers phéniciens stoppent les frappes de bronzes, monnaie la plus répandue, et on ne voit pas de circulation de monnaies provenant d’ateliers d’Égypte.
Vers 225/224, on observe une reprise des frappes à Joppé et Gaza, probablement pour le financement de la défense du territoire. Les règnes de Ptolémée III et de Ptolémée IV se déroulent sous tension, notamment en raison de la posture d’Antiochos III. Entre 219 et 217, c’est la Quatrième guerre de Syrie qui se termine par la fameuse bataille de Raphia. Une victoire pour Ptolémée IV, qui lui permet de maintenir sa domination sur la Cœlé-Syrie. H. Aumaître indique que Ptolémée IV est le roi avec le plus de transcription visuelle sur le plan monétaire. On note à cette période l’introduction de Sarapis et Isis sur les monnaies, mais aussi d’un buste de Ptolémée III.

L’intervention d’H. Aumaître se termine sur la Cinquième guerre de Syrie, sur laquelle elle ne se penche pas : c’est la perte de la région pour les Lagides. Un dernier bref point est accordé à un focus sur les territoires palestiniens et israéliens. La chercheuse indique qu’une partie des informations monétaires disponibles proviennent des zones israéliennes. La domination lagide sur la Samarie semble expliquer la pénétration de monnaies de bronze lagides dans la région. Cependant, les territoires palestiniens restent, quant à eux, sous-explorés.
Métaux utilisés, sources monétaires disponibles…
Le moment de discussion a été encadré par Dan Dana, chargé de recherche au CNRS et travaillant actuellement sur une prosopographie des Thraces en Égypte ptolémaïque en collaboration avec Csaba A. La’da. Il nous faut aussi souligner la présence de Claire Balandier, spécialiste des Lagides et directrice de la Mission archéologique française à Paphos (Chypre) et de Bérangère Redon, spécialiste de l’Égypte ptolémaïque.
Dan Dana souligne que la monnaie apporte un autre regard sur les trois premières décennies du IIIe siècle du royaume lagide, sur lesquelles peu de sources littéraires sont disponibles. Les questions ont principalement porté sur la part des métaux utilisés et sur la provenance des monnaies.
Les ateliers syro-phéniciens frappent principalement de l’argent. L’or y est présent, mais dans des proportions moindres, sans comparaison avec la production d’Alexandrie. L’usage du bronze, quant à lui, varie selon les périodes : il semble souvent servir de subside avant un paiement en argent. En Égypte, les monnaies de bronze sont très largement diffusées, notamment dans le cadre du prélèvement des taxes. Au Levant, en revanche, on observe plutôt un usage des fractions d’argent que du bronze. Sous Ptolémée IV, les monnaies frappées au Levant sont plus légères que celles produites en Égypte. Cela pourrait être interprété comme une mesure d’économie, même si cela reste incertain. Les monnaies en or sont principalement utilisées pour verser des primes, notamment aux soldats gradés. En effet, la chercheuse indique durant la conférence que les frappes de monnaies d’or étaient effectuées en fonction des besoins du royaume. Au sujet des coins utilisés et de l’autonomie des ateliers du royaume, H. Aumaître aimerait démontrer que ce sont les ateliers d’Alexandrie qui envoyaient les coins aux ateliers de province.
Sur les sources disponibles, la chercheuse indique que les trésors sont assez rares. Les moments de thésaurisation semblent avoir été peu présents. Par conséquent, les sources monétaires disponibles sont principalement composées de monnaies de fouilles.