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16/05/2025 – 500 ans après sa découverte, un projet de recherche sur la Table Claudienne

Compte-rendu de la séance du séminaire de l’axe C du 16 mai 2025.

Intervenants : Aldo Borlenghi (Université Lumière Lyon 2), Patrice Faure, Romain Loriol et Pierre-Jean Souriac (Université Jean Moulin Lyon 3).

Par Sara Sofia Roldan Bautista (M2 Mondes Anciens, Université Lumière Lyon 2).


Le projet de recherche TABVLA réunit une équipe interdisciplinaire ; cette collaboration reflète la volonté de revisiter la Table Claudienne dans toute sa complexité, depuis son contexte de production au Ier siècle de n.è. jusqu’à sa redécouverte et son appropriation contemporaine.

L’équipe se compose d’Aldo Borlenghi, spécialiste de l’archéologie urbaine romaine ; Patrice Faure, épigraphiste reconnu pour ses recherches sur les sociétés provinciales ; Romain Loriol, spécialiste des pratiques religieuses de la Rome impériale ; ainsi que Pierre-Jean Souriac, historien moderniste dont l’expertise sur les usages politiques de l’histoire urbaine permet d’interroger les mémoires construites autour de la Table Claudienne.

Présentation du projet TABVLA

Le projet scientifique TABVLA s’inscrit dans une dynamique de recherche collective à l’approche des 500 ans de la redécouverte de la Table Claudienne (1528–2028). Le séminaire a permis d’exposer les grandes lignes du projet, en présentant d’abord son origine, ses fondements scientifiques et ses objectifs généraux, puis en détaillant la méthodologie et les problématiques qui structurent l’entreprise. Loin de se limiter à une simple célébration commémorative, le projet s’attache à interroger cet objet exceptionnel dans toutes ses dimensions : archéologique, historique, politique, littéraire et mémorielle à l’échelle de l’Antiquité comme de ses réceptions modernes, en lien avec l’enseignement et la valorisation patrimoniale.

Genèse du projet

À l’origine du projet TABVLA se trouve une initiative portée par Patrice Faure : anticipant l’échéance symbolique de 2028, il a souhaité engager une relecture scientifique de ce document, encore largement tributaire de l’édition de Philippe Fabia (1929).

Trois jalons ont structuré la maturation du projet : le congrès sur la bataille de Lugdunum (197), qui a révélé l’ampleur de l’intérêt public et scientifique pour l’Antiquité lyonnaise ; l’intégration du projet dans le programme quinquennal de l’axe C du laboratoire HiSoMA, avec le soutien actif du musée Lugdunum ; et l’adhésion immédiate d’une équipe interdisciplinaire. Enfin, le dialogue avec les étudiants du master Mondes Anciens, notamment à travers les journées d’intégration menées au musée, a permis de relier cette dynamique scientifique à une ambition pédagogique et patrimoniale.

La Table Claudienne : entre matérialité, mémoire et pouvoir

La Table Claudienne, ou Tabula Lugdunensis, est une plaque de bronze de 193 × 129 cm, pesant 220 kg, dont seule la partie inférieure brisée en deux subsiste. Elle a été découverte en 1528 sur les pentes de la Croix-Rousse. Le texte qu’elle porte retranscrit un discours prononcé en 48 de n.è. par l’empereur Claude devant le Sénat romain, en faveur de l’accès des notables gaulois au ius honorum.

Ce document est exceptionnel en ce qu’il livre un discours direct, qui peut être confronté à la version remaniée de Tacite (Annales XI, 23–25). Le texte s’interrompt brusquement, laissant supposer un second panneau, peut-être accompagné du senatus consultum final, comme dans d’autres cas épigraphiques.

Objectif généraux

Un réexamen scientifique s’avère nécessaire. Le projet repose d’abord sur une ambition scientifique affirmée : il ne s’agit pas simplement de commémorer un anniversaire symbolique, mais de réinterroger un document fondamental dont l’édition et l’étude sont aujourd’hui datées.

1. Recherche scientifique

Le projet entend réévaluer la Table Claudienne à la lumière des méthodes épigraphiques, historiques et philologiques actuelles, en dépassant les limites des éditions anciennes. Il propose une approche interdisciplinaire et contextualisée, articulée autour de six journées d’étude (2026–2027), en vue d’un nouvel ouvrage de référence publié en 2028.

2. Valorisation patrimoniale

En lien avec le musée Lugdunum et les archives municipales, une exposition temporaire sur la communication politique romaine est prévue, avec la Table comme pièce maîtresse. Podcasts, supports numériques et objets connexes illustreront la façon dont cet artefact raconte un siècle d’intégration gauloise (52 av. n.è. – 48 de n.è.).

3. Transmission et pédagogie

Le projet s’ancre dans les formations universitaires, notamment les masters « Mondes Anciens » et « Patrimoine & Musées », à travers des séminaires, ateliers et ressources pédagogiques. Un site dédié sera mis en ligne, en partenariat avec le musée, pour diffuser les contenus auprès des enseignants, étudiants et publics curieux.

Programme scientifique (2026–2027) – Les journées d’étude du projet TABVLA

Le projet TABVLA, dans sa phase de développement scientifique, s’organise autour de six journées d’étude, réparties entre 2026 et 2027. Celles-ci sont conçues non seulement comme des espaces de réflexion collective, mais également comme des étapes préparatoires à une publication scientifique majeure prévue pour 2028. Ce cycle permettra d’examiner la Table Claudienne selon une pluralité d’approches : philologique, historique, épigraphique, archéologique et mémorielle.

Journée 1 – Redécouverte et relecture : la Table Claudienne dans son contexte historique, archéologique et philologique

La journée ouvrira sur le contexte de la découverte de la Table Claudienne en 1528, sur les pentes de la Croix-Rousse. Cette réapparition à la Renaissance sera replacée dans un moment de redécouverte des antiquités, où Lyon s’approprie la Table pour construire un récit identitaire. L’après-midi abordera la traduction du texte : erreurs premières, enjeux rhétoriques (notamment autour de la notion de « nouveauté »), influence possible du grec, et lecture critique à l’aide d’outils d’humanités numériques.

Journée 2 – À l’origine de la Table Claudienne : le discours d’un empereur

Cette séance reviendra aux origines du discours : il s’agit de répondre à une demande portée par les notables gaulois, probablement via le Concilium Galliarum. Elle s’intéressera à la nature de cette requête et aux limites du ius honorum. Une réflexion sera également menée sur le rôle de Claude : son recours à la censure, sa stratégie politique, et les liens personnels qu’il entretient avec Lyon et les élites gauloises pour renforcer sa légitimité.

Journée 3 – Une rhétorique de la distinction : Vienne, Lyon, les élites gauloises

L’analyse portera sur les stratégies argumentatives de Claude : il célèbre certaines cités (Vienne, Lyon) à travers un vocabulaire valorisant (ornatissima colonia, ornamenta, iuvenes) pour justifier leur intégration au Sénat. Cette rhétorique méritocratique repose sur une mémoire sélective des fidélités gauloises et des élites provinciales. La journée mettra en lumière les enjeux de distinction et les tensions entre reconnaissance locale et intégration impériale.

Journée 4 – La rhétorique en action : Claude, un empereur orateur ?

On s’intéressera au style oratoire du discours de Claude, souvent décrié dans l’Antiquité et considéré comme maladroit. À travers une relecture stylistique, appuyée sur les travaux de Malloch et Sage, cette journée cherchera à réhabiliter une parole impériale spontanée, marquée par l’oralité plus que par l’élégance rhétorique. Des passages comme la satire d’Asiaticus ou la critique des mœurs grecques seront analysés pour mieux saisir l’ethos impérial déployé.

Journée 5 – La Table comme objet : production, affichage, réemploi

L’étude portera sur la matérialité de la Table : choix du bronze, technique de fonte et de gravure, modalités d’affichage dans le sanctuaire des Trois Gaules. Des parallèles avec d’autres inscriptions impériales (Narbonne, Ankara, Cles) permettront d’interroger les fonctions publiques de ce type de document. On abordera aussi la « vie posthume » de la Table, de son abandon à sa redécouverte, et les interrogations archéologiques sur son emplacement initial.

As de Tibère représentant l’autel fédéral. Musée gallo-romain de Lyon-Fourvière.
Journée 6 – Réappropriations modernes : la Table dans la mémoire lyonnaise
La rue des Tables-Claudiennes, près du lieu de la découverte, à Lyon.

La dernière journée analysera les usages modernes de la Table comme objet mémoriel. Elle est devenue l’un des symboles de la grandeur romaine de Lyon, réinvestie dans l’iconographie officielle (ex. tableau de Cornillac à l’Hôtel de Ville), les commémorations, ou encore les mobilisations politiques récentes. La journée montrera comment ce document antique est devenu, par ses appropriations successives, un acteur de la mémoire urbaine et un pilier du récit identitaire lyonnais.

Perspectives

Ces journées nourriront un volume collectif à paraître en 2028, à la fois ouvrage de référence et support de médiation.

Par ailleurs, des activités pédagogiques en lien avec les masters Patrimoine, Muséologie, Histoire et Langues anciennes viendront ancrer la recherche dans la formation universitaire et consolider les partenariats avec le musée Lugdunum.

Le projet TABVLA entend offrir un réexamen complet de la Table Claudienne, en croisant approches archéologique, philologique, historique et mémorielle. Pensé à l’occasion du 500e anniversaire de sa découverte, il dépasse le cadre commémoratif pour proposer une relecture critique d’un document fondateur. À travers une série de journées thématiques, il mobilise les outils les plus actuels de la recherche en sciences de l’Antiquité, tout en inscrivant la réflexion dans les enjeux contemporains de la valorisation patrimoniale et de la transmission. La Table, loin d’être un vestige figé, apparaît comme un objet vivant, au cœur d’une mémoire lyonnaise en constante recomposition. En combinant recherche, pédagogie et diffusion, le projet illustre la capacité des humanités à produire du sens, de l’ancrage et du dialogue entre passé et présent.

Carnet de l'axe C du laboratoire HiSoMA (UMR 5189)